- La prière est une aide puissante contre les tentations du démon. Ne prie-t-elle pas ?
- Ce n'est pas son occupation favorite. Elle préfère les plaisirs, tous les plaisirs, ce qui doit lui sembler juste compensation à un mariage qui ne la satisfait pas. Les deux époux se détestent... Quoi qu'il en soit, la menace qui pèse sur nos têtes ne doit pas s'abattre sur celle de ma nièce. En la prenant avec moi, je pensais sincèrement la mettre sur le chemin d'une vie aisée comme j'en ai eu une, agréable auprès d'un époux capable de l'aimer et de la choyer. Et, certes, il s'en est présenté. C'est normal : elle est si belle !...
- ... Mais elle les a tous refusés parce qu'elle aime toujours sire Olivier, ce beau Templier qui ne l'a jamais vraiment regardée. Je n'en suis pas surprise et j'aurais pu vous le prédire, la connaissant bien. Cœur donné jamais repris, ce pourrait être sa devise...
- Assurément, mais ce danger-là n'existe plus. Le Temple s'est écroulé sous les coups du Roi, ceux de ses chevaliers qui n'ont pas été pris se sont enfuis hors du royaume ou réfugiés dans les couvents qui ont bien voulu d'eux et jamais Aude ne reverra Olivier de Courtenay ! Aussi rien ne s'oppose plus à ce qu'elle revienne dans la maison de son père. Reste seulement à trouver un prétexte assez fort pour l'arracher à l'hôtel de Nesle... ne fût-ce que le temps de voir s'éloigner ces gros nuages qui me font si peur. Au fond... j'ai peut-être trop d'imagination, mais... c'est, je crois, pour la paix de mon âme surtout que je souhaite vous la ramener. Cela devrait vous faire plaisir ? continua-t-elle avec un sourire engageant à l'adresse de Mathilde. Un sourire qui ne suscita aucun reflet sur le visage, encore plus sombre, s'il était possible, de la vieille dame.
- Oh certes ! soupira-t-elle après un temps de silence. Rien ne me serait plus doux, ni à votre sœur bien entendu, mais... ramener Aude dans cette demeure serait, je pense, une grave imprudence. D'abord à cause de ce qui s'y prépare. Ensuite... parce que sire Olivier a trouvé refuge ici... et y est toujours !
Il y était, en effet.
- Personne ne viendra chercher un fier chevalier du Temple parmi mes tailleurs de pierre, lui avait dit Mathieu quand il les avait conduits, Hervé et lui, à sa maison de Montreuil.
Dans l'esprit des deux Templiers, ce ne devait être qu'une halte d'un soir avant de reprendre la route qui, dans l'esprit d'Aulnay, devait les mener chez son frère. Pourtant, depuis ce qui s'était passé devant L'Enclos, Olivier répugnait à s'éloigner de Paris. En dépit des objurgations de son ami prétendant que ce qu'il avait vu n’était que simple illusion due au fait qu'il pensait fortement à son ennemi à l'instant où il avait crié son nom, il était certain de ne pas se tromper : il avait réellement vu Roncelin de Fos, si insensé qu'il puisse y paraître. Exactement semblable à ce qu'il était - à l'habit près ! - quand il lançait sur Valcroze son opération de brigandage. A croire que son séjour dans l'oubliette du Ruou n'avait été qu'un calme retrait dans la paix d'une cellule confortable ! Croire aussi que cet homme était le Diable en personne puisqu'il semblait jouir d'une extraordinaire longévité ! Alors s'il était à Paris, il fallait qu'Olivier y soit aussi et il entendait y rentrer le lendemain :
- En fin de compte, dit-il, qu'y a-t-il de plus anonyme, de plus incolore qu'un moine mendiant sous sa bure grise ?
On était alors à table dans la maison de Mathieu et Margot servait la soupe. C'était la vieille Mathilde qui lui avait répondu :
- Vous croyez vraiment que vous avez l'air d'un de ces rats gris qui, bien souvent, ne sont pas plus moines que je ne suis moniale ? Ce sont des paresseux vivant de la charité mieux que vous ne pensez et leur crasse recouvre parfois des panses bien nourries. Et vous, messire, vous ressemblez par trop à ce que vous êtes : un chevalier entraîné au combat, un gentilhomme à l'échine trop raide pour l'exercice de la mendicité. Cela se voit, croyez-moi... et c'est valable pour votre ami aussi !
- Le fait est que nous n'avons guère la manière et ce froc n'était pour nous qu'un pis-aller, remarqua Hervé. Le moyen d'arriver sans trop d'encombre jusque chez mon frère. Ce qui est, dans l'instant, la meilleure solution. Moussy n'est pas bien loin de Paris, d'ailleurs...
- Etes-vous certain, messire, que la demeure de votre frère vous sera hospitalière ? intervint Mathieu. C'est chose grave de nos jours qu'accueillir un Templier en fuite ! J'ai ouï-dire que même les couvents s'y refusent parce qu'ils ne sont pas à l'abri des perquisitions des gens de Nogaret. N'oubliez pas qu'en cette terrifiante affaire, le Roi possède l'accord du Pape...
- Mon frère est un homme généreux... du moins je le crois !
- Il faudrait qu'il le soit vraiment pour recevoir non un, mais deux Templiers ! Si vous me permettez un conseil, allez d'abord seul voir ce qu'il en est.
- En admettant que vous ayez raison, si Moussy ne nous accepte pas, nous avons toujours la possibilité de rejoindre en Bourgogne frère Jean de Longwy...
- Non, coupa Olivier. Nous ignorons s'il a pu réussir à rentrer. S'il n'y était pas, il ne nous resterait que la fuite à l’étranger. Ce dont je ne veux pas tant que je ne saurai pas quel sort doit être celui de frère Clément. Surtout en lâchant que Roncelin qui doit le haïr très fort est dans Paris. Mais ce serait égoïste de ma part de t'entraîner avec moi...
- Tu veux que nous nous séparions ?
- Ce serait la sagesse, dit doucement Mathieu. Si messire Olivier veut se fier à moi, je saurai le cacher tout en lui donnant la possibilité d'entrer dans Paris, mais ce qui est valable pour votre frère, messire Hervé, l'est aussi pour moi : un Templier c'est facile, deux serait dangereux. Dites-vous cependant que vous saurez où est votre ami et vous pourrez le venir voir quand vous voudrez. En prenant quelques précautions, bien entendu.
- Pourquoi faites-vous cela, Maître Mathieu ? demanda Olivier. Vous avez une famille, des biens, de grands travaux à accomplir.
- Parce que nous sommes amis, vrais amis comme votre père l'a été du mien. En outre, à l'exemple des bâtisseurs, je suis un peu l'enfant du Temple. Lui et les moines de Bernard de Cîteaux nous ont tout appris de ce qui nous a permis de bâtir nos cathédrales, et bien souvent ce sont eux qui ont payé. Ils ont rapporté de Terre Sainte les secrets d'Hiram, l'illustre architecte qui a conçu le Temple de Salomon, et bien d'autres encore. Alors « frère » Olivier, vous êtes ici chez vous pour le temps qu'il vous plaira d'y rester. De même, j'aiderai le Temple autant qu'il me sera donné de le faire...
- Lui devez-vous vraiment autant ?
- Et davantage. Ce sont les chevaliers qui assuraient notre protection à nous constructeurs extérieurs ou intérieurs de leur Enclos. Ce sont eux encore qui ont obtenu, du saint roi Louis, les franchises royales qui nous protègent des tracasseries des collecteurs d'impôts. Nous devons respect au Roi, mais grâce au Temple nous sommes des hommes libres...
Il n'y avait rien à ajouter. On finit par se ranger à sa volonté et c'est ainsi qu'au matin suivant, Rémi conduisit à travers bois Hervé, toujours emballé dans sa coule grise, mais nanti de quelques provisions, jusqu'à l'ancienne voie romaine qui filait vers Soissons. La distance entre Montreuil et Moussy n'était que d'environ sept lieues. Il y serait le soir même.
Cependant Mathieu emmenait Olivier au fond de son verger jusqu'à un petit bâtiment semblable aux loges que les maîtres d'œuvre aménageaient sur leurs chantiers pour leurs différents corps de métier. A cela près qu'au lieu d'être en bois, il était fait de bonnes pierres. Adossé au mur au-delà duquel dévalaient les bois joignant la forêt de Vincennes à celle de Bondy, c'était une construction basse, sans étage, alignant un auvent sous lequel on entreposait du bois et des pierres, un atelier qui était celui de Rémi et une pièce étroite faite comme une cellule de moine et meublée en conséquence : il arrivait que l'imagier s'y reposât quand la fièvre créatrice le tenait et qu'il ne prenait pas le temps de rentrer à la grande maison.
- Voilà ce que je vous offre, dit Mathieu. Vous pourrez y vivre en paix, je pense, et aussi à l'écart que vous le souhaiterez. On vous portera vos repas et vous avez à deux pas un ruisseau qui vous donnera l'eau dont vous aurez besoin. En cas de mauvaise surprise - il peut toujours s'en présenter ! -, le mur est aisé à franchir pour un homme agile comme vous êtes... et les bois sont derrière.
- Etes-vous en train de me dire que vous allez priver Rémi d'un lieu qu'il aime et où, sans doute, il travaille mieux qu'ailleurs ?
Tout en parlant, Olivier s'était approché d'une sorte de table constituée d'un bloc de pierre sur lequel un autre, de grès fin, était posé. Le ciseau de l'artiste - car Rémi en était un véritable ! - avait commencé de dégager à traits sûrs une silhouette, celle d'un homme barbu vêtu d'une draperie et tenant un livre. Ce n'était encore qu'une ébauche mais elle laissait deviner ce que serait, dans sa force, l'œuvre achevée. Le Templier passa un doigt admiratif sur la cassure d'un pli du tissu cependant que Mathieu, devinant son admiration, précisait, fier de son fils :
- Une statue de saint Jean l'Evangéliste pour la chapelle de Vincennes... une belle chose, n'est-ce pas, quand elle sera terminée ?
- Très belle ! C'est pourquoi je refuse d'habiter ici. Pour rien au monde je ne veux chasser Rémi de chez lui !
- Il est partout chez lui et les dépendances ne manquent pas autour de la maison alors que vous, vous devez rester reclus un moment. Je vous supplie d'accepter comme il le fera lui-même quand il rentrera. En outre il serait peiné si vous refusiez…
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