Quand il glissa son bras sous sa taille et la renversa doucement sur les coussins de la petite chaise longue, elle poussa un profond soupir, ouvrit les yeux pour voir le visage de Charles s’approcher du sien, mais les referma très vite quand leurs lèvres se touchèrent. Il l’embrassait doucement, sans peser, caressant plutôt ses lèvres, éveillant lentement, dans le sang de la jeune fille, un véritable incendie. Son cœur battait à rompre sa poitrine et, entre les bras de Charles, elle haletait, appelant d’autres baisers, d’autres caresses.
La bouche contre la sienne, il chuchota :
— Tu veux être à moi... dis ? Tu veux ?
Elle fit oui des paupières et glissa les bras autour de son cou pour mieux l’attirer contre elle.
— Il y a trop de lumière, chuchota-t-elle.
— Viens !
La serrant contre lui, il la fit lever, l’entraîna vers une porte qui s’ouvrit dans la boiserie. Une chambre apparut, petite, toute tendue de bleu. Elle embaumait le jasmin d’Espagne, mais la blancheur du lit ouvert se devinait à peine, car seul le feu qui pétillait dans la cheminée éclairait cette pièce visiblement faite pour l’amour.
A la vue du lit, Marianne eut un instinctif mouvement de recul, mais Charles lui ferma la bouche d’un baiser si brûlant qu’elle défaillit presque contre lui. Puis il l’attira devant la cheminée, s’assit sur une chaise basse et la prit sur ses genoux, comme un enfant. Tout en dégrafant la belle robe rose, il lui murmurait, en italien, des mots d’amour charmants et tendres et couvrait de baisers ses épaules, sa gorge qu’il enveloppa de mille caresses dès qu’elle jaillit des dentelles de la chemise. Il avait des gestes d’une grande douceur et des paroles si caressantes que Marianne oublia bien vite toute pudeur pour le seul plaisir de l’entendre lui dire combien elle était belle.
Nue et frémissante, il l’emporta ensuite jusqu’au lit, la confiant à la tiédeur des draps parfumés avant de l’y rejoindre, très peu de temps après.
En s’endormant, deux heures plus tard, entre les bras de Charles, Marianne, apaisée et comblée, songeait, avec un soupir de bonheur, que ce qu’elle venait de vivre n’avait aucun point de comparaison avec la désagréable expérience subie dans la grange de Kerivoas. Et ce n’était pas seulement parce qu’elle aimait Charles, tandis que Jean Le Dru lui était à peu près indifférent, en dehors du fait qu’elle avait besoin de lui. L’homme auquel elle s’était donnée si spontanément était véritablement devenu son amant, à tous les sens du terme. C’était cette nuit, réellement, qu’elle avait cessé d’être une jeune fille. L’amour de Charles avait fait épanouir en elle la femme, bien autrement que la hâte maladroite du marin. Et elle savait, maintenant, ce que cela voulait dire : appartenir à quelqu’un. Rien ni personne ne pourrait jamais la séparer de celui qui l’avait révélée à l’amour et à elle-même !
— Je t’aime, Charles, avait-elle murmuré contre son cou, en fermant ses paupières lourdes de sommeil. Je t’appartiens pour toujours. Où que tu ailles, quoi qu’il puisse t’arriver, je te suivrai, je t’aimerai.
Il s’était alors redressé sur un coude et l’avait obligée à le regarder.
— Il ne faut pas dire ces choses, carissima mia ! On ne sait pas ce qui se cache derrière la porte fermée de l’avenir. Je peux mourir demain.
— Alors, je mourrai aussi, et nous serons ensemble quand même. Tu ne peux pas savoir ce que tu m’as donné, cette nuit. Tu n’y peux rien et moi non plus. Je suis à toi, à toi seul ! Embrasse-moi, Charles, embrasse-moi fort !
Alors il l’avait reprise contre lui avec une violence qui l’avait fait gémir et, à nouveau, il l’avait soumise à son désir. Puis il avait murmuré :
— C’est toi qui as donné et c’est toi qui remercies... Mio dolce amor !... Tu as raison : rien ni personne ne pourra faire que cette nuit n’ait été vécue ! Dors maintenant, il est tard.
Obéissante, elle revint se nicher contre son épaule et ferma les yeux. Tout était bien, tout était simple maintenant. Elle l’aimait, il l’aimait. Qui pouvait les empêcher d’être désormais l’un à l’autre pour toujours ? N’était-il pas veuf ? Et, pour la première fois depuis la nuit de Selton Hall, Marianne pensa qu’après tout elle était veuve, elle aussi.
Ce bienheureux sommeil fut-il court ou long, Marianne n’en eut aucune conscience en s’éveillant brusquement un moment après. Dans le clair-obscur de la chambre, elle vit Duroc qui parlait à l’oreille de Charles, déjà assis sur le lit.
— Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle d’une voix encore embuée ! Est-il déjà si tard ?
— Non ! Calme-toi ! Il n’est que 3 heures mais il faut que je parte ! Faites atteler la voiture, Duroc. Je viens !
Il sautait déjà du lit. Avec la sensation qu’on lui arrachait le cœur, Marianne se pendit à ses épaules.
— Pourquoi me quittes-tu ? Pourquoi si vite ? Que se passe-t-il ?
Doucement, patiemment, il la prit dans ses bras, baisa ses yeux.
— Rien d’inquiétant ! Mais, mon cœur, j’ai une vie difficile, bousculée... Je ne suis pas vraiment mon maître et l’heure de l’amour est passée. Une affaire urgente m’appelle à Paris, il faut que tu me laisses partir.
Mais elle ne relâcha pas son étreinte. Ce brusque départ, en pleine nuit, l’épouvantait. Elle croyait trop bien en comprendre la raison.
— Charles, je t’en supplie, dis-moi la vérité ! Tu es un conspirateur, n’est-ce pas ?
Il la regarda avec étonnement, puis se mit à rire en dénouant doucement les bras liés autour de son cou.
— Puisque tu as deviné, inutile de nier. C’est vrai, je conspire ! Mais tu n’y peux rien changer. Maintenant, sois raisonnable.
A genoux sur le lit dévasté, dans la masse soyeuse de ses cheveux noirs, elle le regarda s’habiller rapidement avec un vague désespoir. Elle ne s’était pas trompée. Charles menait une vie dangereuse, cachée. Il faudrait qu’elle s’y plie ! Leur amour pourrait être difficile, dans ce pays où régnait un tyran. Mais elle saurait l’attendre et s’il devait fuir, elle fuirait avec lui... Tendrement, elle murmura :
— Promets-moi, si tu es en danger, de me prévenir ! Je viendrai à toi du fond des enfers s’il le fallait.
Il nouait sa cravate devant la haute psyché disposée dans un coin, mais il se retourna, la regarda profondément. Ainsi, agenouillée sur la soie froissée des draps, avec sa peau douce qui brillait comme de l’or dans la nuit somptueuse de sa chevelure, elle était aussi ravissante, aussi troublante qu’une statuette païenne.
— Je te le promets, fit-il gravement. (Puis, avec une soudaine dureté :) Recouche-toi ! Rentre dans les draps.
Au lieu de lui obéir, elle s’étira comme une chatte voluptueuse.
— Pourquoi ? Il fait trop chaud...
Le feu, assoupi, reprenait en effet et montait en longues flammes claires. En un instant, Charles fut sur Marianne.
— Parce que je dois partir... et parce que tu me tentes encore, diablesse ! Allons, vite ! Au lit !
Moitié par jeu, moitié par rage, il la roulait dans les draps, l’enfermait dans les couvertures de soie bleue, ne laissant dépasser que son visage, sourd à ses cris de protestation. Après quoi, il l’embrassa en riant :
— Voilà ! Maintenant, sois sage ! Tu pourras rentrer quand tu voudras. Il y a une voiture à ta disposition.
— Mais... quand te reverrai-je ?
— Bientôt, je te le promets.
— Tu ne sais même pas...
— Quoi ? Qui tu es au juste ? Où tu habites ? Cela n’a pas d’importance ! Duroc a bien su te trouver. Il saura bien te rejoindre ! Adieu, mio dolce amor ! Ne prends pas froid à cause de ta voix. Je t’aime...
Il se relevait, marchait vivement vers la porte qu’il ouvrit. D’un cri, Marianne l’arrêta :
— Charles !
— Eh bien ?
— Prends soin de toi, je t’en supplie.
Pour toute réponse, il lui sourit, dessina un baiser du bout des doigts et quitta la chambre. Alors seulement Marianne pensa qu’elle ne savait absolument rien de lui.
Elle tendit l’oreille, épiant le roulement de la voiture, puis poussa un profond soupir quand elle l’eut entendu disparaître dans la nuit. Cette fois, elle était bien seule.
Avec peine, elle se débarrassa du cocon de draps dont il l’avait emmaillotée et se leva. Elle n’avait plus sommeil, ni d’ailleurs envie de rester plus longtemps dans cette maison qui lui paraissait étrangère, presque hostile maintenant que Charles n’était plus là. Sur le tapis bleu, la robe rose mettait une tache de brillante aurore. Marianne la ramassa, la serra contre elle dans un élan de gratitude. C’est dans cette robe qu’elle lui avait plu... Elle ne pourrait jamais l’oublier.
La haute glace lui renvoya sa propre image et elle ne put retenir un geste de surprise. Elle se voyait tout entière depuis les pieds jusqu’aux cheveux, mais elle ne se reconnaissait pas. Cette femme aux yeux cernés, à la bouche encore gonflée par trop de baisers, au corps provocant, c’était elle... Lentement, comme avec précaution, elle passa ses mains sur les flancs que Charles avait caressés, comprenant vaguement qu’elle ne serait plus jamais semblable à la fille, encore candide, qu’elle était en arrivant ! Elle était une femme maintenant, songea-t-elle avec un sentiment de triomphe, une femme en pleine possession de ses armes ! Et elle en fut heureuse puisque c’était par lui et pour lui qu’elle avait opéré sa métamorphose.
Un grattement léger, à la porte, coupa net sa contemplation et la rejeta, épouvantée, dans l’abri rassurant des couvertures.
— Entrez, dit-elle.
La tête de Duroc se montra dans l’entrebâillement de la porte.
— Pardonnez-moi de vous déranger, mais je voudrais prendre vos ordres. Jusqu’à quelle heure souhaitez-vous dormir ?
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