Sanglotante, Anne-Marie est emportée de force. On va la conduire au couvent de Gergy, près de Chalon-sur-Saône, c’est-à-dire bien loin de la Saintonge. Quant à Louis de Courbon, il va devoir fuir pour ne pas être arrêté.

Il se réfugie à Turin chez l’ambassadeur de France, M. de Sennecterre, qui est son cousin. Mais les ordres de Versailles le poursuivent et il devra quitter l’ambassade, se cacher dans la ville où il mourra peu après, de froid et de misère…

Cependant, la justice s’est abattue sans discernement sur des innocents. Tandis que Louis de Courbon est condamné par contumance à avoir la tête tranchée, le curé qui l’a marié est banni à perpétuité et la pauvre Mlle Gorry est fouettée publiquement et marquée au fer rouge. La vengeance de la mère outragée ne cesse de frapper et sa fortune la rend bien puissante. Néanmoins, elle n’en profitera guère car la mort la prend le 11 février 1738…

En apprenant tant de catastrophes, Anne-Marie tombe malade. Une fièvre cérébrale la mène aux portes du tombeau mais elle lui échappera… pour contracter la petite vérole. Apitoyés, ses frères la ramèneront au couvent de Port-Royal où, peu à peu, elle reprendra assez de goût à la vie pour accepter d’épouser, douze ans après le drame, le comte de Merle, ambassadeur de France au Portugal.

Le château de La Roche-Courbon passa à l’une des sœurs de Louis qui épousa La Mothe-Houdancourt mais qui s’en désintéressa au point de le vendre à M. Mac Namara, un Breton d’origine irlandaise qui le légua à sa fille.

Comme beaucoup de ses pareils, le beau château passa par différentes mains plus ou moins indifférentes et qui ne savaient plus comprendre son âme et pas davantage sa beauté qui se dégrada. Il fallut le coup de cœur de Pierre Loti, ses cris d’alarme, pour qu’il retrouve enfin, en M. Chenereau, le mécène généreux qui allait se vouer à sa sauvegarde. Une œuvre magistrale que perpétuent aujourd’hui sa petite-fille Christine Selert Badois et son mari avec la même élégance et le même soin.


HORAIRES D’OUVERTURE DU CHÂTEAU

Du 15 septembre au 15 mai

10 h-12 h et 14 h-18 h

(17 h en hiver)

Visite guidée tous les jours, sauf le jeudi.

HORAIRES D’OUVERTURE DU JARDIN,DU PARC ET DES GROTTES

Tous les jours

10 h-12 h et 14 h-19 h

(17 h 30 en hiver)

Fermé le 1er janvier, le 25 décembre, le dimanche matin en hiver et en semaine en janvier.

Les jardins ont obtenu le label « Jardins remarquables ».

http://www.larochecourbon.fr/


1- Aujourd’hui musée Rodin.

Les Rochers

Les retraits de Mme de Sévigné

Je reviens encore à vous, ma bonne, pour vous dire que si vous avez envie de savoir en détail ce que c’est qu’un printemps, il faut venir à moi.

MME DE SÉVIGNÉ

Du XIIe au XVe siècle, la terre des Rochers en pays de Vitré appartient à la famille de Mathefelon mais, après ces trois siècles d’existence, celle-ci tomba en quenouille. C’est-à-dire que l’élément mâle lui fit cruellement défaut.

Il resta tout juste une fille, Anne, que l’on maria au baron de Sévigné, lequel, dès le jour du mariage, en 1410, entreprit de construire sur les antiques fondations de ses beaux-parents le joli château que l’on peut toujours admirer, moins, il est vrai, les quelques remaniements – hautes fenêtres à petits carreaux et élégantes lucarnes – qu’allait lui ajouter au XVIIe siècle sa plus célèbre propriétaire, la seule d’ailleurs qui ait retenu sur sa charmante personne les feux de l’Histoire. Mais peut-être les autres n’avaient-ils pas grand-chose pour les attirer.

En 1644, les Sévigné, qui de barons sont devenus marquis, sont représentés par un séduisant rejeton : Henri, âgé de vingt ans, très peu fortuné mais d’une folle bravoure et galant comme on ne fut jamais. Et comme, chez lui, le charme égale la galanterie, les aventures du jeune homme ne se comptent plus.

À première vue, Henri n’a guère à offrir à une jeune femme en dehors de sa personne. Sinon l’un des plus anciens et des plus beaux noms de Bretagne et son château des Rochers qui commence à avoir besoin d’une sérieuse restauration. Tel qu’il est, cependant, il attire l’attention de l’abbé Philippe de Coulanges, oncle et tuteur d’une jeune et riche héritière : Marie de Rabutin-Chantal, alors âgée de dix-huit ans et qui, outre sa fortune, est pourvue de tout ce que l’homme le plus difficile pouvait exiger d’une femme : esprit et beauté. Car elle est vraiment charmante avec ses cheveux dorés, son teint de fleur, son joli visage espiègle et ses grands yeux de la couleur exacte des fleurs de lin : un véritable rêve.

Pourtant, ce rêve appartient à cette étrange catégorie de gens pour qui l’horloge de l’amour sonne toujours trop tôt ou trop tard et dont le cœur bat généralement à contre-temps : ils aiment qui ne les aime pas ou pas encore et, quand ils ont enfin réussi à conquérir l’être aimé, ils cessent presque automatiquement d’éprouver pour lui le moindre sentiment. La future Mme de Sévigné va ainsi passer son existence tout entière sans jamais réussir à connaître les joies de l’amour partagé.

Quand elle rencontre Henri de Sévigné, celui-ci est séduit, tout de suite, par l’éclat et la vivacité spirituelle de cette belle enfant qui compte déjà parmi les Précieuses. Elle lui plaît tellement qu’une semaine plus tard il demande sa main et entame une cour enthousiaste… qui tombe à plat. Le cœur de Marie n’est pas libre : il appartient à son cousin Roger de Rabutin-Chantal, superbe garçon insolent comme un page et doué d’un esprit d’enfer qui en fait l’une des langues les plus acérées du royaume. Or Roger, s’il aime bien Marie, s’il aime bavarder avec elle ou lui écrire, a bien d’autres chats à fouetter que de s’engager dans le mariage avec une cousine qu’il connaît depuis toujours. Il changera plus tard1. Un peu vexé de se voir reçu avec aussi peu d’emballement, Sévigné, en attendant le mariage qui doit avoir lieu en mai, retourne à la vie dissipée qu’il affectionne. Résultat, quelques jours avant la cérémonie, une nouvelle dramatique arrive à l’hôtel de Coulanges : Henri a été grièvement blessé en duel.

En effet, depuis la mort du cardinal de Richelieu et du roi Louis XIII l’année précédente, la jeunesse turbulente de Paris a repris ses vieilles habitudes : on ferraille à tout bout de champ. Henri de Sévigné autant et même plus que les autres. Or, la nouvelle du danger qui le menace produit sur sa fiancée un effet curieux : elle se met à l’aimer, tremble de le perdre et ne cesse de prier pour lui. Dieu l’écoute sans doute car, trois mois plus tard, l’évêque de Senlis unit les deux jeunes gens dans l’église Saint-Gervais pour le meilleur et pour le pire. Et le lendemain, le couple part pour le château des Rochers.

En dépit de l’attachement qu’elle porte à Paris, la nouvelle marquise est séduite par sa nouvelle maison. Elle pense qu’ici elle sera heureuse et qu’Henri, qu’elle aime à présent, le sera aussi.

Ce ne sera pas le cas. Henri est déçu car, s’il a bien touché la dot promise par l’abbé de Coulanges, il sait qu’il devra s’en contenter quelque temps. Prudent, en effet, l’abbé excipant qu’elle n’a pas atteint la majorité légale, n’a pas remis à Marie la fortune de ses parents. Les revenus de Sévigné étant fort maigres, il faudra bien se contenter de la campagne qui l’ennuie à périr.

Sa jeune épouse l’ennuie à peine un peu moins et, quand elle met au monde une petite fille, il ne cache pas sa déception.

« C’est un héritier qu’il me faut. Que voulez-vous que je fasse d’une fille ? »

Marie a ravalé ses larmes en serrant un peu plus contre elle le bébé sur lequel, désormais, elle va reporter toute la tendresse inemployée de son cœur. L’enfant d’ailleurs est ravissante et lui fait grand honneur.

Mais Henri ne tient plus en place. Sa femme a atteint sa majorité à ce moment et elle est entrée en pleine possession de sa fortune. Aussi, à peine relevée de ses couches, Marie se voit-elle entassée dans une voiture avec sa fille et tous les biens du ménage pour regagner Paris à toute bride. Enfin, Henri va pouvoir retrouver l’air de la capitale, ses compagnons de beuverie, les dames galantes et les bagarres à coups d’épée ! Il est content mais Marie a les yeux pleins de larmes en regardant disparaître les Rochers qu’elle a peu à peu arrangés à son goût et où elle a connu un bonheur tout personnel.

Néanmoins, elle trouve plaisir à s’installer dans une belle maison de la rue des Lions-Saint-Paul, à retrouver ses amis, sa famille et surtout le cher oncle Coulanges qu’elle appelle « le bien bon ». Elle se fait d’autres amis et bientôt un cercle agréable se forme autour de cette jolie femme cultivée, un peu précieuse sans doute mais douée d’un esprit particulièrement vif qui fait de sa conversation un véritable régal.

Dans ce cercle, Henri n’a guère de place mais il est vrai que, la plupart du temps, il se souvient à peine qu’il est marié. Sinon pour répandre à travers les salons le bruit que sa femme n’a pas plus de tempérament qu’un iceberg et pour dilapider sa fortune. La naissance du fils tant désiré, en 1648, ne l’arrête pas et il continue ses folies.

Quand le bruit lui vient que son époux s’est épris de la belle Ninon de Lenclos, Marie s’inquiète : les appétits de Ninon sont de ceux qui dévorent les plus belles fortunes. Henri est capable de ruiner femme et enfants pour elle. Cette fois, Marie se fâche.

« Trompez-moi si cela vous chante, monsieur, puisque aussi bien il y a beau temps que je suis au fait de vos sentiments pour moi mais ne ruinez pas nos enfants pour une gourgandine ! »