Résultat, au jour du mariage tout le monde pleure : le roi Louis-Philippe, la reine Marie-Amélie, leurs enfants, la mariée et, si le marié ne pleure pas tout à fait, sa mine lugubre laisse supposer que les larmes ne sont pas loin. Quand vient l’heure du départ c’est encore pire si l’on en croit la reine :
« Louise pleurait et nous pleurions tous en l’embrassant. Le roi et Chartres sanglotaient à faire pitié. Il n’y avait pas jusqu’au petit Montpensier qui pleurait à chaudes larmes. »
Or, ce mariage-là va être aussi heureux qu’il a commencé tristement. Dès le 17 août, le roi Léopold écrit :
« Je suis très content de ma bonne petite reine. C’est la femme la plus douce que l’on puisse voir et de beaucoup d’esprit. »
Et Louise, dix jours plus tard, de proclamer :
« Le roi Léopold me rend fort heureuse. »
Les Belges aussi. Toute la dynastie actuelle est sortie de ce mariage trempé.
Avec Napoléon III, la gaieté va reprendre possession de Compiègne et lui donner sa période la plus brillante. Chaque année, à l’ouverture de la saison de chasse, l’empereur et l’impératrice Eugénie reçoivent, à tour de rôle, cinq « séries » d’invités appartenant à la cour, au monde de la diplomatie ou à celui des célébrités en tout genre. Les invités sont groupés en tenant compte de leurs affinités, ce qui représente une sorte de tour de force.
Un train spécial était réquisitionné pour les amener :
« Arrivée à Compiègne, écrit la princesse Pauline de Metternich, ambassadrice d’Autriche et amie personnelle de l’impératrice, la “série” dégringolait des wagons et se précipitait dans les chars à bancs attelés de cette belle poste impériale et, bride abattue, on partait vers le palais. Au perron, on était reçu par le comte Bacciochi et chacun était mené dans ses appartements après avoir reçu l’ordre d’être au salon à sept heures un quart. »
Mais, en dehors des séries de l’automne, il arrivait à Napoléon III de recevoir parfois à Compiègne sans sa femme. Ainsi certain mois de juin qui vit tomber dans ses bras la fameuse comtesse de Castiglione, d’une éblouissante beauté et qui avait été envoyée à l’empereur pour plaider auprès de lui la cause de l’Italie occupée.
Beaucoup plus tard, quand Mme de Castiglione mourut, on trouva dans ses dernières volontés cette simple phrase : « Je veux que l’on m’enterre dans la chemise de nuit de Compiègne. »
Preuve flagrante qu’il peut arriver à un agent secret de se trouver pris à son propre piège…
HORAIRES D’OUVERTURE DU CHÂTEAU
De 10 h à 18 h
Fermé le mardi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre.
HORAIRES D’OUVERTURE DES APPARTEMENTS DE L’EMPEREUR ET DE L’IMPÉRATRICE
De 10 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 h
Fermés le mardi.
http://www.musee-chateau-compiegne.fr/
La tour de Constance
Les Camisardes
Qui jamais ne connut ce que c’est que l’amour
N’a jamais pu savoir ce que c’est que la peine…
La chaleur ne cédait pas. On était aux derniers jours du mois d’août 1704 et aucun rafraîchissement de la température ne s’annonçait. La sécheresse durait depuis des mois. Même les nuits restaient lourdes et étouffantes. Et chaque soleil qui revenait ajoutait aux souffrances de la terre craquelée, des arbres gris de poussière et des hommes dont les rations d’eau avaient été impitoyablement réduites. À Aigues-Mortes, enfermée dans ses remparts et ses étangs amers, la soif faisait son apparition. Et les prisons étaient pleines…
Dans la tour de Constance, le gros donjon avancé comme une sentinelle au-devant des murailles, les captifs d’une guerre fratricide s’entassaient par étages : les hommes au premier, les femmes au second et les irréductibles tout en haut, là où la chaleur se faisait sentir le plus durement. Chacun de ces étages présentait une grande salle ronde et voûtée où les prisonniers étaient parqués comme des bêtes, les malades avec les bien-portants, attendant un hypothétique jugement que leur nombre rendait improbable ou dérisoire. Pour les hommes, les portes de la prison ne s’ouvriraient guère que sur les galères ; pour les femmes, elles ne s’ouvriraient peut-être plus jamais. Et cela parce que geôliers et captifs priaient le même Dieu d’une manière différente ! Il y avait bientôt dix ans que les guerres de Religion s’étaient rallumées en France.
Tout a commencé en 1685 quand le roi Louis XIV, mal conseillé par la dévote marquise de Maintenon, son épouse secrète, et par la toute-puissante Compagnie du Saint-Sacrement, a cru assurer son salut en révoquant l’édit de Nantes. On a réussi à persuader le roi que l’ancienne franchise jadis accordée aux protestants par son aïeul Henri IV n’avait plus de raison d’être et, de bonne foi, il a cru réunifier définitivement ses sujets dans la seule et unique religion catholique.
Beaucoup de huguenots, alors, se sont volontairement exilés, quittant la France pour Genève, pour les principautés allemandes, pour les Pays-Bas, pour l’Angleterre, voire pour l’Amérique, privant le pays d’un artisanat sans prix, d’une bourgeoisie et d’une noblesse efficaces et sages et d’une main-d’œuvre précieuse. Une saignée dont la France portera les traces durant des siècles.
Certains, pris de peur, choisirent de se soumettre, du moins en apparence, mais le feu couvait sous la cendre. Des prédicants, peu à peu, se mirent à parcourir les campagnes en secret, reprochant aux nouveaux convertis ce qu’ils appelaient leur lâcheté, tentant de les ramener à la foi de Luther et de Calvin et y réussissant le plus souvent. Mais nulle part le succès de ces hommes ne fut plus grand que dans la partie la plus sauvage du Languedoc : les Cévennes austères, touffues, difficilement pénétrables, peuplées de bergers et de petits artisans. Depuis des siècles, la vieille terre où avaient fleuri tour à tour l’arianisme et le catharisme était demeurée frémissante, prête à s’ouvrir à tous les courants de pensée capables de lui apporter au moins l’illusion de la liberté. Le grain de la Réforme y avait poussé comme du chiendent.
À l’annonce de la Révocation, le pays qui avait d’abord plié sous la tempête se réveilla : le 23 juillet 1702, au Pont-de-Monvert, l’inspecteur des paroisses, l’abbé de Langlade du Chayla, était assassiné par une bande de fanatiques semblables à beaucoup d’autres qui, aux ordres de quelques chefs hardis, avaient pris le maquis. On attaqua sans relâche les prêtres et les églises, on brûla et on pilla les villages suspects de catholicisme. Des accrochages sanglants eurent lieu, cruels de part et d’autre. Mais il faut bien dire qu’exaspérée par une telle résistance, la répression fut féroce.
Les rebelles portaient le nom de Camisards parce que, sur leurs vêtements, ils endossaient une chemise blanche qui leur servait de signe distinctif. C’est ainsi qu’ils affrontèrent les troupes commandées d’abord par le comte de Broglie, puis par le maréchal de Montrevel, enfin par le maréchal de Villars que Versailles envoya contre eux. Tout ne fut plus que haine et sauvagerie.
Plusieurs chefs menaient des Camisards mais deux surtout faisaient figure de généraux : Jean Cavalier et Pierre Laporte dit le chevalier Rolland. Le premier était un ancien garçon boulanger du Mas Roux, le second un ancien tondeur de moutons du Mas Soubeyran, mais tous deux portaient des âmes de paladins. Jeunes et ardents, ils brûlaient de foi et de courage. Malheureusement, tant de vaillance allait déboucher sur un drame et sur les prisons surpeuplées d’Aigues-Mortes où, parmi d’autres, deux très jeunes femmes allaient vivre un calvaire doublé d’un affreux désespoir. Elles s’appelaient Catherine et Marthe Bringuier de Cornély. L’aînée était la femme de Rolland car, pour leur malheur à tous deux, la passion religieuse du jeune chef s’était doublée d’un grand amour…
Vers la fin du mois d’août 1703, la nouvelle courut les Cévennes qu’une grande réunion de prières se tiendrait dans la combe de Bisoux, au-dessus d’Anduze. Rolland y conviait tous les fidèles des environs. À Lassalle vivaient alors François Bringuier de Cornély, sa femme et ses dix enfants, tous huguenots ayant abjuré du bout des lèvres. À la grande fureur des deux filles aînées, Belotte et Louison, dont la foi ardente refusait de transiger et qui, peu à peu, ramenaient les leurs à la foi de jadis. Elles accueillirent avec joie la nouvelle de la réunion et décidèrent de s’y rendre, spécifiant qu’il était bien inutile d’essayer de les en empêcher.
Le père s’inclina mais refusa de laisser deux autres de ses filles, Catherine et Marthe, suivre l’exemple de leurs aînées. Elles étaient trop jeunes – l’une avait cependant vingt ans et l’autre dix-sept ! – et puis l’on signalait dans la région des troupes de miquelets1. Ce n’était pas prudent…
Mais il y avait des jours déjà que Catherine et Marthe rêvaient de ce chevalier Rolland que l’on disait si beau et si brave. L’idée qu’il allait venir si près d’elles les enfiévrait et quand elles eurent vu leurs sœurs quitter la maison pour se rendre à la réunion elles n’y tinrent plus : entraînant avec elles Marie, une vieille servante qui ne savait rien leur refuser, elles quittèrent la maison de nuit pour se rendre à la combe de Bisoux.
Elles approchaient du but quand elles tombèrent sur une petite troupe de miquelets qui s’emparèrent d’elles. Mais leurs cris et surtout ceux de la vieille Marie donnèrent l’alarme, et bientôt les soldats se retrouvèrent face à deux hommes qui tombèrent sur eux l’épée à la main. Le combat fut bref. Les nouveaux venus étaient jeunes, forts, bien entraînés. Les miquelets n’étaient que six. Les sœurs de Cornély furent vite délivrées.
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